Mainland ou Free Zone : que choisir pour votre société à Dubaï ?
La réponse courte : si vos clients sont aux Émirats, regardez d’abord le Mainland ; s’ils sont en Europe, au Canada ou ailleurs, une Free Zone est le plus souvent plus simple et moins chère. Mais ce choix engage aussi votre fiscalité, votre compte bancaire et vos visas, et on ne le défait pas d’un simple avenant. Voici comment le trancher sur des critères concrets plutôt que sur une plaquette commerciale.
Ce texte est un cadre général, pas une consultation. Le droit des Émirats change, et chaque émirat et chaque Free Zone a ses propres règles. Votre situation s’examine au cas par cas.
La différence en une phrase
- Mainland : une société agréée par l’émirat (à Dubaï, par le Department of Economy and Tourism). Elle peut travailler partout dans le pays, directement avec le marché local et avec les administrations.
- Free Zone (zone franche) : une société immatriculée dans l’une des zones, chacune avec son propre registre et son propre régulateur. Pour vendre sur le marché émirien, elle passe en général par un distributeur, un agent ou une entité Mainland distincte. En échange, la gestion est plus légère et la première année souvent moins chère.
Le comparatif point par point
| Critère | Mainland | Free Zone |
|---|---|---|
| Clients | tout le pays, y compris le secteur public | surtout l’international ; marché local via un intermédiaire |
| Bureau | bureau réel avec bail enregistré (Ejari) obligatoire | flexi-desk ou bureau selon la zone |
| Droit applicable | loi fédérale sur les sociétés commerciales | règlement propre de la zone (droit de common law au DIFC et à l’ADGM) |
| Salariés | permis de travail auprès du ministère du Travail (MOHRE) | salariés parrainés par l’administration de la zone |
| Impôt sur les sociétés | 0 % jusqu’à 375 000 AED, puis 9 % | mêmes règles, sauf statut QFZP : 0 % sur les revenus qualifiants, 9 % sur le reste dès le premier dirham |
| Coût d’entrée indicatif | licence et frais 15 000 – 30 000 AED, plus bureau 10 000 – 30 000 AED par an | licence à partir de 10 500 – 15 000 AED dans les zones économiques de Dubaï |
Les montants sont un ordre de grandeur, selon les données de la société en septembre 2026, frais gouvernementaux en sus. Détail complet : coût de création d’une société.
Propriété : 100 % étranger dans les deux cas, en règle générale
C’est la question que nous posent presque tous les entrepreneurs français. La loi fédérale sur les sociétés commerciales ne fixe plus d’exigence générale d’associé émirien sur le Mainland. Le Conseil des ministres peut en imposer pour des activités d’importance stratégique, et l’autorité d’enregistrement peut fixer une part locale. On vérifie donc votre activité précise avant le dépôt. En Free Zone, la loi fédérale sur les sociétés ne s’applique pas lorsque le règlement de la zone contient une disposition spécifique : c’est ce règlement qui fait foi.
Le volet fiscal : là où l’on se trompe le plus
Le taux d’impôt sur les sociétés ne dépend pas de la forme. Une société Mainland comme une société de Free Zone relève du Federal Decree-Law No. 47 of 2022 : 0 % sur les 375 000 premiers AED de bénéfice imposable, 9 % au-delà. Le seuil est fixé par la Cabinet Decision No. 116 of 2022.
La différence tient au statut de Qualifying Free Zone Person (QFZP), réservé aux sociétés de Free Zone qui remplissent une série de conditions. Trois points que les brochures oublient :
- le 0 % ne porte que sur les revenus qualifiants (Qualifying Income) ; tout le reste est imposé à 9 % dès le premier dirham, car le seuil de 375 000 AED ne s’applique pas à une QFZP ;
- les revenus non qualifiants ne doivent pas dépasser le plus faible de deux montants : 5 millions d’AED ou 5 % du chiffre d’affaires total ;
- en cas de manquement, le statut est perdu pour l’exercice en cours et les quatre suivants.
Conséquence pratique : si une part significative de votre chiffre d’affaires vient de clients Mainland ou de particuliers, la Free Zone ne vous apporte aucun avantage fiscal, et vous payez en plus les intermédiaires pour vendre localement. Le mécanisme complet est expliqué dans le 0 % en Free Zone : qui est QFZP](/fr/articles/qfzp/). Le texte qui fixe les conditions est le [Ministerial Decision No. 229 of 2025.
Pour les très grands groupes seulement : un impôt minimum de 15 % s’applique depuis le 1er janvier 2025 aux groupes internationaux dont le chiffre d’affaires consolidé atteint 750 millions d’euros. Les PME ne sont pas concernées.
Côté France, Belgique ou Suisse, la forme choisie à Dubaï ne change rien à la question de votre résidence fiscale ni aux règles de votre pays sur les sociétés étrangères contrôlées : faites valider le schéma par un conseiller fiscal dans votre pays avant l’immatriculation.
Quand le Mainland s’impose
- Vos clients et vos fournisseurs sont aux Émirats.
- Vous visez des marchés publics ou des clients institutionnels locaux.
- Vous avez besoin de nombreux visas et d’un vrai bureau.
- Commerce de détail, restauration, bâtiment, services aux particuliers.
Quand la Free Zone est le bon choix
- Vos clients sont à l’étranger et le chiffre d’affaires vient de l’export.
- Conseil, informatique, négoce international, holding.
- Vous voulez démarrer vite avec des coûts prévisibles.
- Vous avez besoin d’un environnement juridique particulier, comme le DIFC ou l’ADGM et leur droit inspiré de la common law.
Pour comparer les zones entre elles, voir comment choisir sa Free Zone.
Comptez sur une année entière, pas sur le prix de la licence
Comparer des prix de licence induit presque toujours en erreur. Additionnez sur douze mois : licence, bureau ou flexi-desk, visas pour les personnes réellement nécessaires, comptabilité et audit s’il est obligatoire, renouvellement. Pour une Free Zone avec un associé et un visa, le budget de la première année tourne autour de 35 000 – 55 000 AED (ordre de grandeur, selon les données de la société en septembre 2026, frais gouvernementaux en sus) ; le renouvellement coûte environ 80 à 90 % de la mise initiale. Sur le Mainland, ajoutez le bail obligatoire. Puis ajoutez la ligne qu’aucune grille tarifaire ne montre : si vous finissez par vendre localement via un intermédiaire, sa marge peut absorber l’économie.
La banque décide souvent à votre place
Dans la pratique, le choix se joue plus souvent sur la banque que sur l’impôt. Certaines zones et certaines activités passent la conformité bancaire plus difficilement, et une zone « bon marché » peut signifier des mois sans compte. Renseignez-vous sur les exigences de la banque avant de choisir la forme. Nous accompagnons aussi cette étape : compte bancaire aux EAU.
Ce qu’il nous faut pour trancher en un rendez-vous
Qui vous paie et pour quoi (pays des clients, biens ou services, chiffre d’affaires attendu) ; combien de personnes s’installent à Dubaï ; si vous avez besoin d’un bureau et de quel type ; si vous visez le secteur public. Avec ces réponses, la question se règle généralement en une consultation, et la première est gratuite. Pour la suite : création de société.
Questions fréquentes
Une société de Free Zone peut-elle travailler avec des clients à Dubaï ?
Pas « jamais », mais « pas directement » dans la plupart des cas : elle passe par un distributeur, un agent ou une entité Mainland. Les limites exactes dépendent de la zone et de l’activité.
Peut-on passer de la Free Zone au Mainland plus tard ?
Historiquement, cela signifiait une nouvelle licence et une réimmatriculation. La réforme du droit des sociétés de 2025 (Federal Decree-Law No. 20 of 2025) prévoit, selon les explications du ministère de l’Économie, le transfert d’immatriculation entre émirats et zones sans liquidation. Les modalités pratiques se vérifient zone par zone : mieux vaut bien choisir dès le départ.
La Free Zone dispense-t-elle de s’immatriculer à l’impôt sur les sociétés ?
Non. L’immatriculation auprès de la FTA est obligatoire pour toutes les sociétés, qu’elles visent le 0 % ou non. Le retard coûte 10 000 AED d’amende. Voir l’impôt sur les sociétés à 9 %.
Le Mainland est-il toujours plus cher ?
À l’entrée, souvent, à cause du bureau obligatoire. Sur plusieurs années, l’écart se réduit, et il disparaît si la Free Zone vous oblige à payer un intermédiaire pour vendre localement.
