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DIFC ou ADGM : créer une société dans un centre financier des EAU

Mis à jour 8 min de lecture
Domaine suivi parIsraa Abdullaresponsable du pôle corporate
Gratte-ciel de verre dans un quartier d’affaires de Dubaï
Photo: Pavlo Antonio / Unsplash
Sommaire10
  1. DIFC ou ADGM : quand un centre financier des Émirats vaut son prix
  2. Deux enclaves de common law dans un pays de droit civil
  3. Cinq questions pour savoir si vous en avez besoin
  4. Impôt sur les sociétés : pas de régime spécial pour les centres
  5. Côté France : une holding au DIFC reste visible depuis Paris
  6. Ce qui fait le coût
  7. Les étapes, dans l’ordre
  8. Tribunaux et arbitrage : ce qui a changé
  9. Succession : le registre des testaments du DIFC, sans société
  10. Questions fréquentes

DIFC ou ADGM : quand un centre financier des Émirats vaut son prix

Le DIFC (Dubai International Financial Centre) et l’ADGM (Abu Dhabi Global Market) sont deux Free Zones à part. Elles ont leur propre droit des sociétés et des contrats, construit sur le modèle anglais, leurs propres tribunaux qui jugent en anglais, leurs registres et leurs régulateurs financiers. Pour une holding qui accueille des investisseurs, un fonds ou une activité financière réglementée, c’est souvent le bon outil. Pour une société de conseil ou de négoce d’une ou deux personnes, c’est le plus souvent une enveloppe coûteuse qu’une Free Zone ordinaire remplace pour bien moins cher.

Cet article est un cadre général, pas une consultation. Le droit des Émirats évolue, les règles diffèrent d’une zone et d’un émirat à l’autre, et la fiscalité de votre pays de résidence s’analyse à part. Chaque structure s’étudie individuellement.

Deux enclaves de common law dans un pays de droit civil

Pour un juriste français, l’image la plus juste est celle d’une enclave : autour, le droit fédéral des Émirats, de tradition civiliste et en arabe ; à l’intérieur du centre, des textes et une jurisprudence de type anglais, des audiences en anglais et des juges familiers des montages internationaux.

DIFCADGM
ÉmiratDubaïAbu Dhabi
Droit des sociétésDIFC Companies Law (loi DIFC n° 5 de 2018)ADGM Companies Regulations 2020
TribunauxDIFC Courts, en anglaisADGM Courts, en anglais
Droit du travailloi DIFC n° 2 de 2019, régime proprerégime propre
Usage le plus fréquentsociétés financières et professionnelles opérationnellesholdings, SPV et plateformes de fonds

La dernière ligne décrit une tendance, pas une règle. Le choix se fait sur des critères concrets : où travaillera l’équipe, quel régulateur vos contreparties connaissent, quel registre tient votre calendrier.

Cinq questions pour savoir si vous en avez besoin

  1. Un investisseur, un prêteur ou un administrateur de fonds exige-t-il une documentation de common law ? Pacte d’associés avec clauses de sortie conjointe et forcée, actions de préférence, sûretés : tout cela fonctionne de manière prévisible au DIFC et à l’ADGM, et reste moins familier aux avocats étrangers dans une zone ordinaire.
  2. L’activité est-elle réglementée ? Gestion d’actifs, administration de fonds, courtage, prêt : il faut une licence du régulateur financier du centre. C’est un projet distinct, avec business plan, exigences de capital et de personnel, qui se compte en mois.
  3. Avez-vous besoin d’un véhicule que les zones ordinaires offrent mal ? Fonds, fondation pour une holding familiale, SPV de détention d’actifs, trusts : ce sont des outils natifs des deux centres.
  4. Où travailleront les personnes ? Le DIFC est à Dubaï, l’ADGM à Abu Dhabi. La présence physique y est attendue plus strictement que dans une zone ordinaire, et bureau comme équipe doivent être là où se trouve la licence.
  5. Un litige serait-il mieux jugé en anglais par un juge de common law ? Si vos contrats prévoient déjà un arbitrage, cet argument pèse moins.

Deux « oui » ou plus justifient généralement le coût. Aucun : une Free Zone ordinaire fera le même travail. Pour comparer, voyez comment choisir sa Free Zone.

Impôt sur les sociétés : pas de régime spécial pour les centres

Pour l’impôt sur les sociétés, le DIFC et l’ADGM sont des Free Zones comme les autres. Le taux de 0 % n’appartient qu’à une Qualifying Free Zone Person (QFZP) et seulement sur ses revenus qualifiants. Tout le reste de son bénéfice imposable est taxé à 9 % dès le premier dirham : la tranche à 0 % jusqu’à 375 000 AED, réservée aux contribuables ordinaires, ne s’applique pas à une QFZP (Federal Decree-Law No. 47 of 2022, article 3).

Les conditions sont celles de toute zone (Ministerial Decision No. 229 of 2025) :

  • une substance réelle dans le centre : personnel, locaux et dépenses à la mesure des revenus ;
  • des revenus non qualifiants inférieurs au plus faible de deux montants : 5 millions d’AED ou 5 % du chiffre d’affaires ;
  • des comptes audités (Ministerial Decision No. 84 of 2025) ;
  • en cas d’échec, perte du statut dès le début de l’exercice en cours et pour les quatre suivants.

Pour une holding, la nature de chaque flux (dividendes, plus-values, refacturations au groupe) se teste au regard de la liste de la décision n° 229 ; la qualification ne se présume pas. L’immatriculation auprès de la FTA sur EmaraTax est obligatoire, avec 10 000 AED d’amende en cas de retard. Enfin, les groupes dont le chiffre d’affaires consolidé atteint 750 millions d’euros sont soumis depuis le 1er janvier 2025 à un impôt minimum de 15 %, quel que soit le centre. Le détail du statut : QFZP et 0 % en Free Zone.

Côté France : une holding au DIFC reste visible depuis Paris

C’est le point que les brochures des centres ne traitent pas. Une société aux Émirats ne sort pas automatiquement vos bénéfices du champ de l’impôt français.

  • Si vous restez domicilié fiscalement en France. L’article 4 B du CGI retient trois critères alternatifs : foyer ou lieu de séjour principal, activité professionnelle principale, centre des intérêts économiques. Un seul suffit. Dans ce cas, l’article 19, paragraphe 2, de la convention France–EAU permet à la France d’imposer vos revenus malgré les autres clauses, en imputant l’impôt payé aux Émirats.
  • Détention personnelle. L’article 123 bis du CGI vise le résident de France qui détient au moins 10 % d’une structure étrangère soumise à un régime fiscal privilégié et dont l’actif est principalement financier. Est « privilégié » un impôt inférieur d’au moins 40 % à celui qui serait dû en France (article 238 A). Une holding à 0 % peut entrer dans ce champ.
  • Détention par une société française. L’article 209 B vise la société française qui détient plus de 50 % d’une telle structure, avec une exception pour une activité industrielle ou commerciale réelle sur place.
  • Direction effective. Pour une société résidente des deux pays, la convention retient le lieu du siège de direction effective. Une société du DIFC dirigée en pratique depuis Lyon s’expose à cette question.

Pour la Belgique, la Suisse ou le Canada, les règles sont propres à chaque pays : faites valider la structure par un conseiller fiscal local. Notre analyse côté Émirats et la coordination avec lui : résidence fiscale à Dubaï.

Ce qui fait le coût

Selon nos données de septembre 2026, une licence dans une zone haut de gamme comme le DMCC ou le DIFC démarre autour de 35 000 à 50 000 AED et plus, frais gouvernementaux en sus ; pour l’ADGM, nous chiffrons à la date du projet. La licence n’est pourtant pas le poste principal. Le coût récurrent, ce sont les personnes et les locaux : les deux centres attendent une vraie équipe et un vrai bureau, et une activité réglementée ajoute conformité, audit et reporting au régulateur. Budgétez la structure sur trois ans, pas sur la première facture. Ordres de grandeur par type de société : coût de création d’une société.

Les étapes, dans l’ordre

  1. Écrire en une phrase pourquoi vous avez besoin de ce droit : quel contrat, quel investisseur, quel litige. Sans réponse, restez dans une zone ordinaire.
  2. Déterminer si l’activité est réglementée ; si oui, la licence financière devient le chemin critique.
  3. Choisir la forme : société opérationnelle, holding, SPV, fonds ou fondation.
  4. Préparer le dossier : schéma de la structure, origine des fonds, bénéficiaires effectifs, statuts, nomination des administrateurs.
  5. Immatriculer la société au registre du centre et signer les locaux.
  6. Ouvrir le compte bancaire et installer les obligations courantes : audit, registre des bénéficiaires, déclarations annuelles.

Tribunaux et arbitrage : ce qui a changé

Les DIFC Courts peuvent être choisis par un accord écrit des parties, avant ou après la naissance du litige : c’est une option à prévoir dès la rédaction du contrat. Côté arbitrage, le décret de Dubaï n° 34 de 2021 a supprimé le centre DIFC-LCIA : les clauses conclues auparavant restent valables et le DIAC prend le relais, sauf accord contraire des parties. Les affaires enregistrées sous numéro DIFC-LCIA jusqu’au 20 mars 2022 inclus restent administrées par la LCIA à Londres. Hors des Émirats, une vieille clause DIFC-LCIA peut susciter un débat devant le juge étranger : une cour d’appel fédérale américaine a dû en trancher un en 2025. Mieux vaut réécrire la clause. Voir arbitrage international.

Succession : le registre des testaments du DIFC, sans société

Le registre des testaments des DIFC Courts ne demande pas d’avoir une société au DIFC. Il est ouvert aux non-musulmans qui ont des biens aux Émirats ou des enfants mineurs résidant à Dubaï ou à Ras el Khaïmah, sans condition de résidence, avec signature en visioconférence. Le Full Will couvre les biens meubles et immeubles aux Émirats et coûte 10 000 AED en frais officiels. L’âge minimal mérite une vérification : 18 ans selon les DIFC Courts, 21 ans selon la loi de Dubaï n° 15 de 2017. Le détail : testament DIFC.

Questions fréquentes

Faut-il résider aux Émirats pour avoir une société au DIFC ou à l’ADGM ?

Non, la résidence n’est pas une condition d’immatriculation. En revanche, la banque, la gestion effective et les visas demandent en pratique une présence sur place.

Le DIFC est-il une Free Zone comme les autres pour l’impôt ?

Oui. Mêmes règles QFZP, même taux de 9 % dès le premier dirham sur les revenus non qualifiants, même obligation d’audit.

Peut-on transférer une société d’une Free Zone ordinaire vers l’ADGM ?

Parfois, selon la zone d’origine. Le plus souvent, la voie pratique est une nouvelle immatriculation suivie d’un transfert des actifs.

Une seule société au DIFC suffit-elle ?

Rarement. Le schéma courant associe une holding ou un SPV dans le centre et une société opérationnelle là où se trouvent les clients. Nous le construisons avec vous : création de société.

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